Je voudrais que tu saches

blême lueur maintenant

c’est l’aube

qui très doucement brûle

l’encens des rêveries, ces silhouettes – tu sais ?

dont le contour échappe, ces fleurs aux noms de nuit

poussées entre les branches

immenses

du désir

-je voudrais que tu saches –

dans le ciel trempé

dans les sentiers déserts, dans les champs qui reposent

sur les flancs un peu tristes de janvier sous la pluie

l’essence nocturne des secrets flotte

odorante et tenace

Doux parfum

A Caroline et Pierre-Luc

C’est dans l’hiver le sursaut de la lumière. Le camélia fleuri salue notre regard que le ciel impérieux, réclame.

Nous sommes à la fenêtre, les enfants se sont tous endormis .

Nous n’avons plus quinze ans. Cette pensée est neuve de la clarté de janvier, veloutée comme les fleurs roses invitées dans le cadre blanc qui nous verse au milieu du jardin.

La forêt n’est pas loin. Un espoir muet répand son doux parfum.

Une joie

c’est un prolongement d’encre et de papier

c’est la pulpe de ces années de blog tenu, de blogs lus, d’échanges, de rencontres dont les écheveaux ne sont pas vides

c’est une façon de ne pas oublier que l’écriture est une forêt dont j’aime tous les arbres

c’est une douce joie et presque un souvenir où vous aparaissez

merci d’avoir marché tout à côté de moi.

Le silence des arbres, paru chez Citadel Road Editions, est maintenant disponible. Si vous en souhaitiez un exemplaire, vous trouverez ci-joint le bon de commande à transmettre à Emmanuelle Le Cam, qui a eu la bonté de me proposer l’édition de ce petit recueil poétique.

la dernière fois que j’ai écrit un poème

Je me souviens de la dernière fois que j’ai écrit un poème. Souvenir précis et lointain à la fois.

La fenêtre m’offrait un grand arbre clairsemé par la pluie d’automne, et qui répondait au sommeil des enfants. La pièce était comme ça, très haute, accrochée à un mur de vertige. Il fallait se pencher pour deviner, à son pied, une rivière.

J’étais seule. Et bien que l’arbre m’invitât délicatement au bonheur, j’ignorais à demi le goût de cet après-midi sans fièvre. Tout s’était miraculeusement écarté autour de mon désir d’écrire. Le quotidien perdait l’âpreté de ses contours, comme s’il n’existait plus qu’à travers une vitre de verre dépoli. J’écrivais un rêve qui lentement faisait des cercles autour de mon cœur. C’était un rêve qui disait adieu. Je prenais le temps de dire la lumière de ce rêve, de convoquer encore une fois la maison perdue.

J’écrivais. Je savais bien que c’était rare, d’écrire ainsi dans le silence et l’orbe d’un feuillage frêle, dans la douceur de ce qui va bientôt finir. C’était un instant d’immobilité illusoire, de discret basculement. Pourtant, je ne savais pas, je ne savais pas suffisamment,  que c’était si beau, si précieux, d’être ainsi suspendue à la croisée des choses.

Je guettais, en écrivant – j’attendais presque –  le réveil des enfants.

 

arbre haute loire

C’est un rêve

c’est un rêve

 

l’été  a brûlé les fenêtres

le basalte patiente

à côté de moi

 

ailleurs d’autres parlent

tranquilles

– comme si ce n’était pas la dernière fois!

 

dans la cuisine

des rayons fous apportent

le goût de la montagne chaude

 

je ne dis rien

je fais une salade immense

de lumière

 

c’est un rêve qui persiste

sous ma peau de pluie

c’est un rêve qui refuse

que je m’en aille