Lecture et relecture – Antigone, J. Anouilh

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Trente ans demain. Je tire ce petit livre qui se tenait bien sage, au fond de ma bibliothèque. Il est tout jaune. Que c’est beau, un livre jaune d’avoir traversé les lectures et d’être resté là, tranquille, attendant qu’on le reprenne. Il m’appelait, lui, patiemment, avec sa couverture rouge. Discrète invitation. Un bruit confus se fait dans ma mémoire.

Dix-sept ans. Le train pressé file vers mon amoureux. Brûlée par l’impatience, j’ai chapardé dans les placards de mes parents un bout de leur jeunesse. Il faudra bien tromper le bruit du train et le silence de l’attente. Mon père était fier sans rien dire devant sa fille ainée emmenant Antigone jusqu’au premier amant. Inquiet aussi. Je vais comprendre bientôt ce regard paternel qui se maitrise autant qu’il peut, si beau d’être seulement humide. Je vais comprendre. Je vais te rencontrer, dans le petit livre rouge, toi, Antigone. Ton nom déjà est un voyage. Il me parle dans une langue inconnue que je devine quand même.

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Invitation au théâtre

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Mille et Une 

Tragicomédie musicale- 23-24-25 Mars 2017 au théâtre de la Renaissance à Oullins, puis en tournée.

(Patrick Burgan, Abdelawed Sefsaf, Percussions Claviers de Lyon, Juliette Steimer)

Musique et Voix se répondent et s’unissent pour faire battre sur scène le cœur de notre monde. Notre monde n’a plus d’âge. Une femme enfermée respire avec la musique, qui l’écoute, l’accompagne, lui répond. Les percussions sont douces ou inquiétantes, étonnantes, visuelles, mouvementées. Elle dansent et convoquent des univers qui se métissent. Sublimes.

Elisa Marwan, journaliste, otage oubliée au cœur de la Syrie en guerre, raconte un monde d’amour et de révolte, de souffrance et de combats. Cette Shéhérazade moderne, énergique et sensuelle, parfois loufoque, envoie Pénélope et Nina Simone à l’œil de son bourreau pour lui faire sentir la vanité de son entreprise djihadiste. Et la prisonnière devient, en racontant, follement libre. Elle provoque, interroge, et crache sur la violence qui habite notre modernité. Que cela fait du bien ! Après mille et une nuits de paroles, tout au fond de la folie, il ne reste plus que les comptines d’enfance, qui semblent contenir l’essence de notre humanité. Ce sont les mots essentiels, les tout premiers, les tout derniers. Et le bourreau, redevenu enfant, peut à nouveau imaginer, rêver. Il s’est enfin rejoint. La parole toute-puissante d’Elisa a libéré l’œil qui la retenait.

Un spectacle vibrant auquel il faut courir!